"Le théâtre m’a aidé à m’apprivoiser et à découvrir un monde que je n’aurais pas soupçonné. Celui de la plénitude corporelle, émotionnelle sur scène. C’est cette découverte de soi que je vous invite à retrouver dans mes cours."


Tout d'abord, pour vous , qu’est ce qu’un comédien ?

Christophe Lavalle :

C’est avant tout un interprète. Je dis souvent à mes élèves : « Quel est l’intérêt pour le public de vous voir dans cette pièce alors que l’on peut la lire, ou qu'elle a déjà été vue  ? » Le comédien ajoute, transmet et véhicule son interprétation personnelle, dans le respect du sens qu’a voulu l’auteur ou le réalisateur. Il y ajoute sa propre part de vie, son expérience, son imagination, sa mémoire sensible qui peut alors toucher le public et l’émouvoir, il a même le pouvoir suprême de l’influencer dans le sens qu’il désire…Quelle responsabilité !

Pourquoi vient-on au théâtre ?

Rechana Oum :

Les raisons qu’on entend le plus souvent, sont soigner sa timidité, sa nervosité, s’exprimer, bref, bien souvent, il s’agit de maîtriser sa nature pour en exploiter le meilleur.

Lorsque j’ai commencé le théâtre, à 19 ans, je ne voulais pas être comédienne. Paradoxe me direz-vous. Les paillettes, la starisation, la reconnaissance, tout cela ne m’évoquait rien. De formation musicale, j’avais arrêté le piano quelques années plus tôt. Et mes besoins artistiques étaient en souffrance. Besoin de s’exprimer tout bêtement. Un peu par concours de circonstances fortuites, je me retrouve au cours de Jean-Laurent Cochet. Premier cours, je ne comprends pas un traître mot de ce qu’il dit. Je passe sur scène, et j’ai l’impression de perdre tout contrôle de moi-même, de mon corps, de ma diction.

Deux années d’apprentissage technique s’en suivent. Je découvre les grands auteurs mais aussi les contemporains. Un univers s’ouvre à moi : celui de la puissance des mots, des silences, des regards. Mais la connexion ne se fait pas. Tout ce que je sais de moi ne parvient pas à s’exprimer sur scène. Je reste une laborieuse, une exécutrice. Ma voix reste timide, cristalline, mon corps ne sort pas du carcan que l’éducation lui a imposé. Je ne parviens pas à incarner de personnages, je reste moi-même, et ce moi-même est encore bien en deçà de que ce que je voudrais en faire.

Je me bute, réfléchis, cherche les clés. Deux mois d’été plus tard, le déclic se produit. Les contraintes de la technique une fois ingérées deviennent des atouts de libération. Ma vraie voix, puissante et modulable à ma volonté se fait entendre. Le personnage devient chair. Tout me paraît évident, limpide. Un peu comme un jeune conducteur parvient à comprendre tout d’un coup comment maîtriser son véhicule. Sauf que dans ce cas, il s’agit de vous et que cela procure un sentiment de puissance, d’émotions que je n’aurais jamais osé espérer extraire de moi-même.

Le théâtre m’a aidé à m’apprivoiser et à découvrir un monde que je n’aurais pas soupçonné. Celui de la plénitude corporelle, émotionnelle sur scène. C’est cette découverte de soi que je vous invite à retrouver dans nos cours.

Comment devient-on Professeur d’art dramatique ?

Christophe Lavalle :

C’est la continuité logique de mon métier de comédien et de metteur en scène. Ce que l’on a appris à faire sur soi avec une certaine expérience, on peut le penser pour l’autre. J’ai eu la chance d’avoir été formé par un des derniers maîtres du théâtre en la personne de M. Jean- Laurent Cochet. Quand je me suis enfin décidé à pousser la porte d’un cours de théâtre, je savais déjà que ce Monsieur était un acteur et un professeur renommé Ses anciens élèves les plus connus sont Gérard Depardieu ou Fabrice Luchini. Et la liste est longue… J’avais vu certaines de ses pièces et dans une interview, il parlait de ses élèves et de son métier avec passion et précision. Mais il n’y a pas effectivement de diplôme officiel de professeur de théâtre et il y a beaucoup de cours à Paris et de tous les styles. Essayer de savoir ce qui pourrait vous convenir en fonction de vos envies Quand vous décidez de vous lancer, faites d’abord un cours d’essai pour voir si l’ambiance, le style et surtout le professeur vous plaisent. Il faut se choisir mutuellement. J’ai personnellement essayé quelques cours avant de trouver celui qui me convenait et j’ai parfois vu des choses étranges… Si j’avais dû suivre ces « cours », je ne serais sans doute jamais devenu comédien !

C’est pourquoi au sein de notre cours, nous proposons toujours un cours d’essai puis l’élève décide de s’inscrire ou non… Seule la motivation compte ! Nous ne faisons pas d’examen d’entrée, de cursus préétabli. Je ne pense que l’on devienne comédien en « trois ans chrono ».

Je tiens absolument à l’aspect « artisanal » de l’enseignement et dans le respect de l’évolution de l’élève, de son rythme propre. Il est important de fixer les bases du métier, car c’est un métier comme un autre et il s’apprend. Je vois souvent de jeunes comédiens qui viennent me voir alors qu’ils ont déjà quelques années de cours derrière eux( et non des moins connus ) parce qu’il ne savent pas faire vivre un texte. Ils ont suivi un enseignement qui les a mis un peu à l’aise sur scène ou face à une caméra mais souvent ils ont du mal à retranscrire un texte imposé pour un essai, un casting … Je passe et j’ai passé beaucoup de castings et j’ai vu certains de mes collègues « réciter » terriblement… parce qu’ils n’ont pas les bases. Il faut d’abord comprendre que l’on doit accorder son instrument. Apprendre à respirer est fondamental. Ensuite, il faut travailler sur les textes. Oui, chez moi, on apprend par cœur, cela peut rebuter certain débutant, mais la mémoire est comme un muscle, plus on la travaille, plus on peut apprendre. Il faut trouver « la note » « la musique » de la phrase, juste reflet du sentiment du personnage et de sa psychologie . Il faut donner un rythme , un mouvement à la scène. Il faut se faire sa partition. C’est en se confrontant à des personnages différents de soi, à une écriture riche, qu’elle soit classique ou contemporaine, que l’on apprend son métier. On travaille les classiques Racine, Molière mais aussi les modernes mêmes très récents et des extraits de film

Quelle est votre méthode ?

Rechana Oum :

La plupart des comédiens se propulsent dans ce métier sans aucune formation. Ou alors de celles qui ne visent qu’à flatter une certaine idée du métier. Celle qui consiste à dire qu’il suffit de faire pleurer, de laisser les gens s’exprimer pour peu qu’ils aient un peu de culot ? Parfois, cela marche, parfois non. Beaucoup sortent détruits car le théâtre peut fortement affecter l’humain puisqu’il ne fait que se servir de lui comme instrument. Et d’autres pensent manier cet art difficile parce qu’ils ont appris « à faire la pomme » ou à marcher dans une pièce. Mais face à un texte, à un personnage complexe, la technique n’étant pas présente, on ne peut plus compter que sur son minois et cela ne suffit pas souvent. Car les aspirants comédiens sont de plus en plus nombreux, ce métier fait rêver.

Oui, l’apprentissage des techniques classiques est exigeant. Contraignant. Lors de mes années d’apprentissage, M. Cochet nous soumettait à cette rigueur. Beaucoup craquaient, pensant qu’ils avaient plus de personnalité que l’immensité de leur art. En espérant être une digne héritière de ce qu’il m’a donné, j’appuie mon enseignement sur cette base technique.

Au même titre qu’un musicien apprend le solfège, un comédien doit apprendre à déchiffrer ses partitions. Contrairement à la musique, point de notes, pas de rythme dans nos textes. Le comédien doit tout donner à ses mots pour les rendre justes. Il faut recréer le langage parlé spontané. C’est la précision de l’inflexion, ou pour mieux me faire comprendre, la musique qu’on donne aux mots sans le vouloir quand on ressent une émotion. Ne pas se faire piéger par les automatismes de lecture, se débarrasser de la ponctuation, trouver la façon de rendre un texte plus vivant en lui donnant les accents de son personnage. Ou celui qui nous est le plus naturel pour recréer le sentiment qu’on pense ce qu’on dit. Faire le texte sien. Apprendre la réaccentuation pour mieux faire comprendre les textes au public, pour lui faciliter la tâche des textes anciens mais aussi, lui imposer votre propre vision du texte.

Autre différence significative entre la musique et le théâtre, l’instrument et l’instrumentiste sont les mêmes. Il faut apprendre à réaccorder son instrument. A l’aide la respiration. Des exercices similaires à ceux enseignés par le yoga, le chant ou même certains sports, vont vous aider à maîtriser le stress, mais aussi à développer vos moyens vocaux et votre capacité à incarner des personnages qui vous paraissent aujourd’hui impossibles. La respiration vous détend, et vous rend ainsi disponible à faire bouger votre corps autrement, et vous aide à vous faire entendre d’une grande salle sans vous fatiguer la voix.

On ne peut pas jouer sur un instrument abîmé, maltraité par soi ou par les autres. Enseigner l’art dramatique peut être une arme terrible. Une phrase malheureuse peut détruire la confiance. Et ce pour des années. Le théâtre m’a tellement épanouie que je désire avant tout faire découvrir cette joie à ceux qui m’accordent leur confiance. Il faut soigner la personne humaine pour l’amener à tirer le meilleur d’elle-même. Dans bien des domaines d’activités, on pousse les gens à faire plus, à accomplir plus, sans se soucier de leurs états d’âme. L’art dramatique prend soin de l’âme en la magnifiant.


Existe t-il une différence entre l’acteur de cinéma et celui de théâtre ?

 

Christophe Lavalle :

Pour moi non, la base est la même Il y a une différence qui est essentiellement une adaptation technique J’ai appris mon métier au théâtre, en prenant des cours de théâtre. Puis ayant déjà une expérience de jeu en étant dans la troupe de Jean Laurent Cochet, je réponds un peu par hasard à une annonce pour un film dans lequel on cherchait un petit rôle de militaire. On me donne un texte quelques jours avant, texte assez simple au regard des pages de classique et de pièces modernes que je connaissais par cœur. Je découvre alors l’ambiance des castings, je joue ma scène d’essai devant une caméra et je reprends plusieurs fois la scène en suivant les indications que l’on me donne. La caméra fait son travail et moi le mien. J’ai la chance d’être choisi par le réalisateur qui est Jacques Audiard. Le film s’appellera «  Un héros très discret » et il sera primé à Cannes. C’est mon premier film et mon partenaire est Mathieu Kassowitz. Le jour J je me retrouve sur le plateau, première prise, nous sommes en extérieur au milieu d’une rue de Paris barrée pour la circonstance, je dis mon texte assez fort comme on me l’a appris au théâtre, on coupe et là je vois débarquer l’ingénieur du son qui me dit que je risque de casser la cellule du micro à hurler comme ça ! Moi j’avais juste l’impression de « soutenir » comme on dit . Deuxième prise, je me cale sur le volume de mon partenaire qui à plus l’habitude que moi du cinéma, « Parfait, coupez, on la garde », le réalisateur est content et moi je viens de comprendre un peu mieux comment on fait du cinéma. D’autres films suivront… Ce jour-là, j’ai compris que passer du théâtre au cinéma est juste une adaptation technique, on doit pouvoir refaire une scène de nombreuses fois, faire face à des contraintes qui ne vous facilitent pas la vie mais le sentiment, la concentration sont les mêmes. Il ne faut pas croire que parce que l’on a la possibilité de refaire la scène, on peut y aller relâcher. Il faut pouvoir jouer face à une croix en scotch sur un mur en imaginant que vous découvrez la femme de votre vie… Avec les trucages numériques, vous faites semblant de courser un poulet imaginaire dans un décor tout vert, c’est aussi du théâtre ! Du jeu ! On joue à jouer pour de vrai …

La part de psychologie et de pédagogie est donc importante dans vos cours  ?

Christophe Lavalle :

Elle est prépondérante. La confiance en soi est primordiale et pas seulement pour l’acteur d’ailleurs… Lors de stage de prise de parole en public pour les entreprises ou des particuliers, c’est la première chose à imposer. Faites vous confiance. Je vois souvent des gens qui m’appellent en me disant « je suis timide, on m’entend pas quand je parle, je me sens ridicule devant un auditoire et cela ma perturbe dans mon travail ». On travaille certains exercices de bases sur le souffle et la voix, la confiance s’installe petit à petit. Il faut apprendre à valoriser l’autre, travailler ses points forts et lui faire prendre conscience de ses points plus faibles à travailler. La prise de conscience, c’est le début de la solution ! Et ceci que l’on soit acteur professionnel, prof de fac ou avocat !

 Le cours est un lieu privilégié où l’on n’est pas jugé. Je revendique le droit de se tromper à mes élèves, on cherche ensemble, on refait, on analyse, jusqu'à ce qu’ils trouvent en eux la réponse. J’essaye d’être le meilleur guide possible, avec bienveillance mais sans complaisance. Ce qui est passionnant, c’est de les voir tout à coup se révéler dans un personnage. J’avoue que, des fois ils me sidèrent ! Il me font ce cadeau de réaliser parfaitement ce que depuis des semaines, quelquefois des années, avec énergie et conviction, je tente de leur expliquer sur une scène, un personnage, un style et à force de travail, un jour , tout cela s’incarne et ils jouent. On ne sent plus l’effort, les indications, ils s’incarnent à travers l’autre qu’est le personnage. Quelle récompense ! Un jour, ils s’en vont et c’est normal, et j’espère leur avoir apporté la meilleure formation possible. Ensuite, c’est à eux de faire leur expérience dans ce que l’on appelle le métier, qui parfois n’est pas tendre. Mais ils sont armés ! Même si ce n’est pas toujours facile d’être jugé sur des critères qui nous échappent parfois… mais il faut croire en soi, garder le cap. Le travail est toujours la réponse.

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